« The Track » – Stewen Villenave

On a réussi !

Seul français de l’édition 2017 de « The Track », l’ultra marathon australien (522 km), à avoir franchi la ligne d’arrivée après 78h d’efforts solitaires, le Tyrossais Stewen Villenave met pourtant en avant la dimension collective de cet authentique exploit.

522 km entre Alice Springs et le célèbre Ayers Rock. 9 étapes, dont une dernière de 137 km démarrée au petit matin et achevée au bout de la nuit, le tout en autosuffisance alimentaire, c’est à dire sans ravitaillement de nourriture apportée de l’extérieur. Tout au plus 2 litres d’eau attribués tous les 15 bornes. Un sac à dos d’une douzaine de kilos contenant sachets lyophilisés et sac de couchage pour nuits à la belle étoile. Une bonne paire de basket, une casquette, et surtout… un corps et un moral parfaitement préparés. Stewen Villenave, qui possède une boucherie et un bar-tabac à St Vincent de Tyrosse va longtemps garder en mémoire cette expérience australienne : « j’avais déjà couru des ultras marathons mais sur des distances un peu plus classiques, autour de 250 km, ou encore la diagonale des fous à la Réunion, mais là, c’est vraiment autre chose. The Track, c’est la référence absolue. Nous n’étions que 30 au départ, dont 3 français. L’un des deux autres a abandonné, le 3ème a fini derrière moi. Je termine 6ème et donc meilleur Français, en 78h. Le vainqueur a parcouru les 522 km en 64h. » Des souvenirs, Stewen en a sûrement des dizaines dans sa tête, comme par exemple la traversée du territoire aborigène : « J’y ai croisé bien plus d’animaux que d’hommes. Des serpents, des scorpions, des dingos… Mais pas l’ombre d’un kangourou ! »

Une préparation méthodique et rigoureuse
Mais comment un être humain peut-il supporter une telle épreuve ? Il faut bien évidemment être sportif à la base. De Saint Vincent de Tyrosse à Soustons, Stewen Villenave affiche 20 années de rugby. Mais cela ne suffit pas. Une préparation spécifique est absolument nécessaire pour ce type de compétition. Stewen nous détaille son programme : « J’ai bien évidemment un préparateur physique : Christophe Daminen, qui dirige le Pro Sport Concept de St Vincent de Tyrosse. Je crois qu’il connaît mieux mon corps que moi ! Avec lui, j’ai commencé la préparation environ 8 mois avant The Track. De la course à pied, mais aussi du spécifique en salle avec pas mal d’exercices du type squat ou abdos avec du poids, histoire de m’habituer à l’effort avec un sac sur le dos. 4 mois avant la compétition, j’ai entrepris un travail sur l’alimentation avec ma diététicienne Aurélie Pozzobon. Là, il n’est pas question de maigrir, bien au contraire. Plutôt de bosser sur le bon apport calorique. Sur l’épreuve, j’ai perdu 9 kg ! Je ne dirai pas qu’il faut partir gros, mais avec des réserves suffisantes pour encaisser une telle déperdition. J’étais également suivi par mon kiné François Lasne. Mon programme se décomposait de la manière suivante : un entraînement de 3 heures le mardi, un sortie d’une heure et demie dans le Tuc le mercredi, des exercices en salle avec Christophe le jeudi, une course et de la musculation le vendredi, du repos le samedi, une longue sortie de trois ou quatre heures le dimanche et étirements et gainage le lundi avant un passage délassant au Sourceo de Dax. Ce jour-là, je faisais également 45 minutes de bike. C’était pour moi comme une récréation. C’est en effet une discipline plutôt ludique avec beaucoup de rythme et de bonne humeur, et c’est l’occasion de croiser un peu de monde, contrairement au reste de l’entraînement qui est essentiellement solitaire. Enfin, les deux derniers mois qui précèdent la date fatidique, je suis devenu un autre homme. J’ai arrêté le bike, les sorties et le petit coup à boire de certaines soirées. J’ai conscience que pour ma famille et mes amis, je me suis un peu transformé en ours, j’étais déjà dans ma bulle. »

Si Stewen n’a pas suivi de préparation mentale spécifique, il avoue que ce programme de huit mois ne lui a pas servi que physiquement : « Tout au long de l’épreuve, je n’ai eu que des pensées positives qui m’ont aider à aller jusqu’au bout. Le physique c’est très important, mais par moment, le mental prend le dessus. Dans les moments difficiles, je visualisais les différentes phases de ma préparation. Plusieurs fois j’aurai pu lâcher prise, mais j’avais également dans mon esprit une affiche qui est placardée chez moi : La douleur n’est rien par rapport au sentiment qu’on ressent quand on abandonne. » Après avoir franchi la ligne d’arrivée, Stewen a saisi son téléphone pour appeler Christophe Damien pour lui lancer un émouvant « On a réussi ! », conscient que sa famille, ses amis et son encadrement sportif constituaient un maillon invisible mais essentiel dans la longue chaîne de sa réussite.

Crédit photo : DR / @Canal Aventure et @Gabriel.Pielke
Journal Sportsland Landes n°210 du 17 juillet 2017

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