Connaître et Reconnaître – Le bénévole, Gérard Cornet

40 ans de passion au service de la voile

Si le vent a ses secrets, voici un homme qui aime à les percer. Après une carrière d’enseignant spécialisé dans le handicap sensoriel auditif, Gérard Cornet (en chemise grise sur la photo), Bordelais de naissance, est depuis 4 ans le président du Comité départemental de Voile des Landes. Il évoque pour nous une discipline très technique (qui englobe notamment les catamarans ou les dériveurs mais aussi le kite-surf et la planche à voile) mais aussi très liée à l’environnement et respectueuse des écosystèmes naturels. L’occasion d’une discussion apaisée sur les ports de voile et Éole…

Sportsland – D’où vient votrepassion pour la voile ?
Gérard Cornet – J’étais un tout jeune étudiant de 21 ans quand, avec un copain en vacances, j’ai éprouvé pour la première fois ce plaisir incroyable de glisser en utilisant uniquement l’énergie naturelle du vent. C’est une sensation difficile à décrire que celle du silence que l’on découvre sur l’eau sans moteur et sans carburant. J’ai fait cette découverte il y a plusieurs décennies et j’y éprouve encore du plaisir. C’est probablement une sensation identique à celle du planeur ou du vol à voile.

SL – Le contact avec la nature est-il l’unique plaisir recherché par les pratiquants ?
G.C. – Il y a 7 grands lacs de tailles différentes dans les Landes qui permettent en effet un contact direct avec l’environnement. On évolue loin de toute pollution sonore dans un équilibre naturel fragile. Pour autant, je mets vraiment cette satisfaction à égalité avec l’utilisation du vent qui est un plaisir en soi.

SL – Quelles valeurs véhiculent cette discipline nautique ?
G.C. – Le respect. Le respect naturel de l’environnement et la saine concurrence entre trois bouées. Il faut connaître le vent, le respecter et calculer un angle d’attaque, « tirer des bords » c’est-à-dire zigzaguer en remontant vers le vent puis changer « d’allure » en revenant au point de départ poussé par lui. Ce respect des forces naturelles fait par exemple que la voile n’est pas touchée comme d’autres sports par des questions de dopage. Ce comportement éthique, l’entraide, le respect de soi-même existe d’ailleurs à tous les niveaux, du pratiquant occasionnel au professionnel reconnu.

SL – Quels objectifs visez-vous en priorité avec votre comité ?
G.C. – D’abord, l’accès à tous qui va de pair avec le côté sportif. On doit d’un côté favoriser les régates et il y en a dans les Landes 25 à 28 importantes par an, dont certaines sont internationales, et qui permettent sur lac ou sur Océan de mettre en valeur tous les types d’embarcations et d’un autre côté penser au développement du sport. C’est-à-dire faire en sorte que le plus grand nombre ait accès à la voile. On reçoit par exemple de nombreux enfants en stage de découverte qui s’initient à plusieurs sports dont les nôtres. Les féminines sont également encore minoritaires dans nos clubs et nous devons veiller à leur ouvrir plus largement l’accès. L’attractivité, l’envie de revenir et surtout la convivialité guident notre action au quotidien.

SL – La sécurité doit-être fondamentale, n’est-ce pas ?
G.C. – 9 des 10 clubs du Comité travaillent sur des plans d’eau intérieurs. On a une situation privilégiée avec les lacs landais qui ne souffrent pas de la marée et permettent de surcroît une pratique sécurisée. Nous avons également du personnel qualifié qui encadre chaque pratique. Un brevet d’État dans chaque club et une personne responsable de son plan d’eau. Ça va même au-delà puisque comme en haute-mer, le code maritime nous réclame de porter assistance y compris à des personnes qui ne sont pas membres de nos clubs.

SL – Votre activité de dirigeant vous prend-elle beaucoup de temps ?
G.C. – 10 jours par mois environ. Il faut dire que le département est vaste et qu’il faut servir de lien entre les dix clubs du département, du nord au sud des Landes. Je m’occupe aussi du site Internet: http://cdv40.org/
Mon travail m’amène à collaborer de façon étroite avec les communes, les communautés de communes et le département qui a à cœur de développer la pratique du « sport pour tous ». Il faut également prendre part au Comité départemental Olympique et Sportif et travailler avec la direction de la Cohésion sociale mais aussi monter des dossiers de demandes de subventions de plus en plus complexes. Il est amusant de savoir à ce propos qu’une partie de l’argent du Loto est reversé aux clubs sportifs. J’ai également à me déplacer au niveau de la ligue dans les départements limitrophes. J’ai par ailleurs un rôle d’enseignant bénévole dans une association de personnes handicapées.

SL – Combien compte-t-on de licenciés dans les Landes ?
G.C. – C’est un sport qui intéresse beaucoup de jeunes adultes qui viennent même de Gironde puisque le club d’Arcachon est saturé. Pour autant, je dirais que l’on connaît une stagnation des effectifs en raison notamment de la concurrence d’autres sports de glisse ou attachés à la mer ou aux lacs. IL faut savoir qu’il y a deux types de pratiquants : On différencie l’école de voile destinée à l’apprentissage de l’école de sport tournée vers le perfectionnement. Le nombre des licenciés (1210 en 2016) est à associer à celui des 1068 « passeports Voile » donnés à des jeunes selon leur niveau de pratique pour enregistrer leur progression (ils correspondent à peu près aux Étoiles dans le ski).

SL – Est-ce un sport coûteux ?
G.C. – Malheureusement oui. Un catamaran coûte 1500 à 2000€ minimum pour quelqu’un qui souhaite pratiquer avec son propre bateau. Le dériveur est plus accessible. Pour autant, les clubs disposent d’une flotte de bateaux qui permettent à des adultes de s’initier mais qui sont surtout destinés aux jeunes qui peuvent ainsi découvrir, moyennant une participation légère, différentes disciplines et peuvent en changer éventuellement. Par contre, dès qu’on se lance dans la compétition il faut un bateau pointu et la vocation du club n’est pas de fournir ce genre de matériel. Cela dit, les ports sont pleins. Beaucoup de monde possède son propre bateau et on voit de plus en plus de ports se développer avec des bateaux à sec sur des clayettes à étages.

SL – Ce sport peut-il se pratiquer toute l’année ?
G.C. – Certains clubs sont ouverts à l’année, d’autres sont saisonniers. 4 clubs ont ainsi des salariés à temps plein. Mais même les clubs qui fonctionnent en continu respectent une trêve de 3 mois de décembre à février, pour des raisons de sécurité. Le reste de l’année, en cas de temps peu propice à la voile, il existe des activités de substitution comme le paddle en cas de « pétole » complète par exemple (i.e. absence de vent). Cela dit, l’absence de vent ne dure jamais bien longtemps. C’est un peu comme le mauvais temps en montagne qui peut se lever à tout moment.

SL – Vous semblez avoir découvert un plaisir sans limites ?
G.C. – Oui, mes deux enfants pratiquent d’ailleurs la voile de façon intense et pour ma part, je suis adepte des croisières et des bateaux collectifs. Vous savez, dès qu’on monte sur un bateau on peut commencer par un lac puis faire le tour du monde !

Crédit photo : DR /
Journal Sportsland Landes n°210 du 17 juillet 2017

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