Connaître et Reconnaître – Jean-Pascal Berniolles

« Les arts martiaux, c’est pour la vie ! »

Le sportif qui nous consacre un moment aujourd’hui n’est rien moins que le judoka le plus gradé des Landes. Oubliez la ceinture noire, Jean-Pascal Berniolles, professeur du club de Maremne, instructeur fédéral, est ceinture blanche-rouge 6ème dan et celui qui enseigne aux ceintures noires et aux professeurs ! Ils sont très peu nombreux en France à avoir dépassé ce niveau qui s’apparente à des « grades de plénitude » en arts martiaux. Récit d’une vie consacrée à un art et une pensée au moins autant qu’à un sport.

Devenir une meilleure personne
« La compétition n’a pas été ma priorité, même si je reconnais avoir atteint un niveau correct au plan national, je trouve qu’elle est trop éloignée de l’art martial véritable. Si j’ai fait l’effort de travailler d’arrache-pied et de progresser dans ma discipline, c’est surtout pour pouvoir me réaliser et transmettre quelque chose. C’est la transmission qui constitue ma véritable récompense  » prévient de prime abord Jean-Pascal dès qu’on veut le faire parler de lui et de son parcours si rare. Celui qui enseigne le judo et le jiu-jitsu depuis 40 ans y voit avant tout un moyen de développement et d’amélioration personnels : « J’essaie d’aider les gens à devenir une meilleure personne, pour eux et pour les autres. »

Aux sources du judo
Et pour s’améliorer, il n’y a pas de remède-miracle : « Il faut travailler, avoir le goût de l’effort et surtout de la persévérance. Quand on trouve sa voie, il faut s’investir, c’est vrai dans le sport comme dans la vie. La progression et la réussite permettent de prendre confiance en soi. » Pour Jean-Pascal, cet investissement s’est parfois fait à l’extrême et lui a valu de très nombreuses blessures au cours de sa vie, blessé de s’être trop entraîné ; il reconnaît au passage qu’un sportif au repos n’est pas de tout repos pour son entourage… Son souhait d’être le meilleur possible l’a également conduit jusqu’au Japon pour découvrir ce qui se faisait de mieux et surtout s’imprégner d’une culture : « J’y ai découvert des écoles de vie fabuleuses et rencontré quelques grands maîtres qui m’ont marqué dans leur façon de concevoir ma discipline mais aussi la vie en général. »

L’apprentissage… en 600 stages !
« Maintenant je sais… Je sais qu’on ne sait jamais ! » Les plus anciens ont reconnu cette phrase chantée à l’époque par Jean Gabin et que Jean-Pascal aime garder en mémoire.  Le Landais a en effet beau apparaître clairement comme un maître aux yeux des autres, il a conscience de rester un éternel apprenti, auquel le statut de professeur doit conférer une humilité particulière : « Ce qu’il faut savoir dans le judo est immense, il faudrait plusieurs vies pour en faire le tour. Je ne me considère pas arrivé parce que j’ai un brevet d’État, au contraire. Un enseignant de quelque discipline que ce soit doit bien sûr faire progresser ses élèves mais il doit surtout s’améliorer lui-même en permanence, afin de ne pas être rattrapé. J’ai d’ailleurs suivi énormément de stages auprès des meilleurs tout au long de ma carrière, 600 environ. Je resterai un élève toute ma vie. »

Combattre l’adversaire en soi
C’est pourtant un sage qui dispense son enseignement aujourd’hui mais Jean-Pascal se souvient qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Et si son naturel explosif aurait pu le desservir à une époque, il a également été un moteur dans sa vie : « J’ai toujours été très actif, j’ai beaucoup bougé, c’est un besoin vital pour moi. J’ai commencé le judo tardivement, à 16 ans, à une époque où j’étais je l’avoue un petit peu bagarreur, très remuant. J’ai ensuite goûté à beaucoup de disciplines, la boxe anglaise, thaïlandaise, le karaté, le krav-maga, mais j’ai surtout été touché par la philosophie, le but profond des arts martiaux que l’on découvre seulement avec l’âge et la pratique : nous sommes notre propre ennemi. »

Un ou deux 7ème dan par an…
Le 7ème dan est-il accessible ? « Pour obtenir le 6ème, j’ai dû présenter un mémoire et une prestation devant une commission très solennelle à Paris, c’était en 2005. Pour le 7ème, je n’ai pas à mener de campagne ni à présenter quoi que ce soit. Je reste tel que je suis, je travaille dans mon coin. Le sport doit contribuer à l’équilibre de celui qui le pratique et j’espère y arriver. Pour le reste, il n’est délivré qu’un ou deux 7ème dan par an environ alors si je reçois cet honneur tant mieux mais mon investissement est sans calcul. Ce que je donne est gratuit. » Il faudra donc attendre que les grands sages du judo français penchent leurs regards sur notre département pour gratifier Jean-Pascal d’un degré supplémentaire. Ce qui est certain, c’est que notre Landais est un tout jeune retraité et qu’il annonce la couleur : « J’ai désormais beaucoup de temps ! » Il va donc pouvoir s’investir davantage encore dans la passion de sa vie, en rappelant Jacques Brel qu’il affectionne : « Une vie debout et en mouvement ! »

Crédit photo : DR /
Journal Sportsland Landes n°215 du 23 octobre 2017

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