U.S. DAX Rugby Landes – Le Manager Raphaël Saint-André

Adaptation tactique… de l’humain pour le terrain

Il fait partie de ces entraîneurs que le monde du rugby pense connaître. Il nous faut cependant jouer sur les mots pour s’approcher de la réalité, car à l’image de beaucoup de ses confrères, il est plus « perçu » que « connu ». En effet, le grand public façonne bien trop souvent l’image d’un coach à ses choix ou à ses résultats sportifs occultant pour le coup, l’homme et tout le contexte qui se cache derrière. Curieux amateurs de rugby, nous avons voulu rencontrer Raphaël Saint-André pour découvrir la partie cachée de cette figure de la Pro D2, pour mieux le connaître, et ainsi essayer de comprendre la teneur de ce qu’il essaye d’insuffler à son équipe.

Il y a des gens avec qui il est toujours plaisant de parler. Raphaël Saint-André est de cette catégorie, capable de discuter de n’importe quoi avec n’importe qui. Les gens du coin ne vous diront pas le contraire, car le manager dacquois est souvent pris à parti par le premier badaud qui passe. C’est une des choses qu’il a découvert en arrivant à Dax, car ici la culture locale occulte les statuts sociaux, entraîneur de renom ou pas, il n’y a plus de barrière quand il s’agit de parler rugby. Pour lui, son arrivée fut un choc culturel ; car passer de l’anonymat des rues de Lyon à un statut de star locale d’une cité thermale, ça change forcément la donne. Dans ce contexte, il pourrait sembler légitime d’imposer ses habitudes et ses convictions, notamment quand on arrive avec un titre de champion de Pro D2 dans le sac à dos. Tout dépend alors de la manière dont on se comporte ; il y a les ceux qui débarquent dans une région pour uniquement faire leur métier, et puis il y a les hommes qui veulent s’intégrer à un territoire pour mieux y vivre afin de prétendre à pouvoir bien y exercer. Une fois de plus, c’est le poids des mots de la deuxième hypothèse qui le caractérise peut être le mieux.

Entraîneur chez nous… à Dax
Raphaël Saint-André n’a pas débarqué dans les Landes en terre inconnue. Sa carrière de joueur, voir même de festayre faisant, il savait qu’en arrivant à Dax il serait baigné dans une culture locale forte car « Ici, les gens parlent tout le temps rugby ». Soucieux de s’imprégner de l’identité locale, il s’est laissé embarquer par la passion de « Jérôme DARET, qui lui a rapidement transmis son amour pour le territoire. » On devine alors que c’est un homme qui aime les bonnes choses, car il a su rapidement apprécier la marque de fabrique locale construite sur la douceur de vivre et une certaine conception « aérée » du rugby. Prenant en compte cette identité de club à vouloir toujours déplacer le ballon, il a aussi contracté cette volonté forte d’utiliser « le terreau local, qui est tout sauf mauvais… » Il a surtout appris à composer avec les particularités d’un club atypique, dont les pages de l’histoire sont aujourd’hui bien plus fournis que le nombre de lignes de son budget.

La force des pauvres
Habitué à disposer de gros moyens pour manager une mini armée, Raphaël n’est pas venu à Dax par défaut mais bien par défi. Il évoque beaucoup la comparaison avec son ancien club Rhodanien, et il est aujourd’hui unanime : « il éprouve plus de mérite à maintenir l’USD avec ses petits moyens, qu’à être champion de Pro D2 avec le LOU et son gros budget. » « L’idée du village gaulois qui fait de la résistance semble bien lui plaire », car pour lui « il y a de la solidarité à toutes les tranches du club ». Il retrouve cette volonté de s’accrocher chez beaucoup de personnes, y compris chez les joueurs qui sont motivés à se battre pour que leur club continue à exister. Et à l’image de ce dernier, « l’équipe en déficit de puissance, doit systématiquement trouver des palliatifs pour faire face à l’adversité ». Son environnement de travail n’est pas non plus le même, car « il pense avoir un comportement avec les hommes qui est différent », force de s’appuyer sur des relations peut être moins professionnelles et plus humaines, où « les valeurs rugbystiques de solidarité, de convivialité, et de force du groupe sont directement corrélées au contexte problématique d’un club à petit budget. »

À propos du derby
Imprégné du sang landais mais pas pour autant déraciné, il n’accorde pas une émotion particulière au derby, mais plus une importance liée au besoin de victoires du club. Son pragmatisme d’entraîneur expérimenté lui fait rappeler qu’il faudra être « précis et concentré » car « c’est une victoire à 4 points dont il ne faudra surtout pas se priver dans la course au maintien ». Son impatience réside sans doute plus dans la volonté d’affronter une « très bonne équipe de Pro D2, avec une homogénéité de l’effectif, et une fraicheur qui les rend dangereux à chaque moment de la saison ». La clé du match pour les dacquois passera selon lui par « la capacité à conserver le ballon » pour ne pas donner des munitions à ceux qu’il considère comme « la meilleure équipe de contre-attaque et de turn-over de la division. »Avec un éclairage nouveau, on pourra désormais essayer d’interpréter certains aspects de la personnalité de Raphaël Saint-André à travers la prestation de ses protégés ; mais sans pour autant critiquer, car au delà du plaisir de découvrir les personnalités locales qui font l’histoire de notre sport, il faudra retenir de ces quelques lignes qu’il n’est jamais bon de juger un homme sur l’interprétation personnelle que l’on se fait d’une séquence sportive. Le rugby est si complexe, sa performance si aléatoire, et ses composantes si changeantes, qu’il est plus sage d’encourager, de supporter, et de savoir aussi apprécier l’ensemble des acteurs pour leurs qualités humaines. Chers enfants de l’ovalie, Vendredi 1er décembre à la messe du Derby, vous pourrez désormais questionner l’évangile selon Saint André d’après lequel entraîner dans une conception de l’entraînement entraînante, n’est-elle peut être pas le fondement ultime du rôle d’un entraîneur ?!

Crédit photo : DR / Sportsland – A.Monod
Journal Sportsland Landes n°217 du 27 novembre 2017

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