Connaître et Reconnaître – José Laborie

Le roc de Labenne !

Un portrait de José Laborie, c’est un saut dans le temps, un retour à une époque moins aseptisée et moins tatillonne. José est un homme vrai, un terrien, un physique, un lutteur au verbe haut et à la parole franche, la hantise des réunions policées.

Fondateur de la fédération nationale de sambo, il préside entre autres depuis près de 50 ans aux destinées de la lutte et du judo à Labenne et se voit taxé au fil des interviews d’homme au « légendaire sacré caractère », au « caractère bien trempé », ce qui ne semble pas complètement faux… Mais comme souvent chez ceux de sa trempe, c’est finalement aussi un combattant au grand cœur qui se dévoue sans compter pour la Protection civile que nous vous présentons en ce début d’année. Alors puisque « quand les types de 130 kg disent quelque chose, ceux de 60kg les écoutent » c’est parti pour une interview « éparpillée façon puzzle! »

L’appel du combat
Si quelqu’un incarne bien les disciplines de combat dans le sud aquitain, c’est indéniablement José Laborie. Arrivé au Pays Basque dans sa jeunesse avant de s’installer dans les Landes, énergique et entreprenant, il est non seulement à l’origine de la création de plusieurs clubs de judo et de lutte dont certains sont encore en activité, mais aussi l’un des trois fondateurs de la fédération nationale de sambo et bien sûr la figure emblématique du Cercle sportif labennais. D’où lui vient cet amour du combat ? Il se souvient : « C’est peut-être dû au contexte familial. J’ai été placé en pensions par-ci par-là et j’ai toujours eu le goût pour les sports de combat. J’ai commencé par l’haltérophilie et un peu de judo le soir, quelques compétitions. En 1963, à Saint-Jean-de-Luz, avec des copains ceintures noires, on s’est spécialisés petit à petit dans la lutte. À l’époque, on n’avait pas les moyens d’entraînement de maintenant et notre ambition était d’aller tenir la pige à des gros clubs. On était vus comme des guerriers et on aimait aller défier et vaincre les Espagnols, ce qui les surprenait beaucoup ». Et pour cause, quand José a débuté, hormis le rugby ou le foot, le choix sportif était très réduit. Il en aurait fallu plus pour le décourager…

Labenne, Ondres, Hossegor, Soustons…
Entre 1970 et 2000, José et ses amis partent quasiment en mission: « Nous étions beaucoup sur la route en tant que commerciaux à l’époque, avec des contacts professionnels dans les communes qu’on a utilisés pour créer des clubs là où il n’y avait rien. Notre principal client étant à Labenne, c’est donc là que nous avons monté notre premier club. Puis ont suivi Ondres, Hossegor, Soustons. » Au début, il ne s’agissait que de judo puis petit à petit, tout le monde s’est mis à la lutte : « un sport plus populaire qu’on ne le pense. Pratiquée dans tous les établissements scolaires, la lutte proprement dite, c’est-à-dire libre et gréco-romaine sur les bases de la lutte antique, est la plus dure. C’est une formation physique tout à fait complète. Même les féminines peuvent la pratiquer entre elles en guise de préparation physique. Mais la mode est aux solutions de facilité » constate José, très réaliste face à l’avenir. Ces clubs ont tous tenu sous des formes diverses, mais le bénévolat « à la José » soit 3h par jour depuis 50 ans (et autant pour son épouse !) ne semble plus au goût du jour.

Le blockhaus et les gendarmes de Mitterrand
C’est pourtant une bonne opportunité pour multiplier les souvenirs : « Quand on a commencé, on n’avait rien : il fallait déjà trouver un tapis. On a eu de la paille tressée, dure comme du bois, à déplacer à chaque entraînement. Notre salle servait aussi pour les fêtes ou les mariages, vous imaginez l’odeur. Ça a été folklorique ! J’ai aussi donné des cours 10 ou 15 ans dans un ancien blockhaus à Labenne Océan avec un pilier au milieu de la salle et le vent et l’eau qui s’engouffraient. À Soustons, suite à l’élection de François Mitterrand, des compagnies de CRS ont réquisitionné nos locaux, on a dû partir ». « Ad astra per aspera », les bons résultats ont pourtant plu sur le club sans discontinuer.

Sibérie, Tchétchénie, Mongolie… et sambo !
« La lutte a commencé à Labenne. Puis avec deux copains, nous avons développé le fameux sambo [acronyme russe pour « Auto Défense Sans Arme »] dont nous avons créé la fédération nationale au gré de nombreuses galères d’ailleurs. D’abord aidés par la fédération de lutte, puis rejetés, puis de nouveaux associés, il y aurait de quoi écrire un livre ! » se souvient José, arbitre international, l’un des 3 ou 4 7ème degré de France, qui regrette le peu de moyens dont dispose cette discipline, malgré des résultats y compris à une époque où la Russie dominait tout. Didier Duru, champion de France dans les trois disciplines (judo, lutte et sambo), champion d’Europe et triple champion du monde de sambo a été formé par José à Labenne et illustre bien ce que fut cette période où il fallait défier sur leur terrain les grands pays de l’Est. « On était des purs et durs à l’époque. Sibérie, Tchétchénie, Mongolie, on allait partout ! La mode est maintenant à frapper n’importe comment, genre MMA, ou au contraire à venir pour s’amuser. C’est pourtant bien de sports de combat qu’il s’agit ».

Le repos du guerrier
Depuis 2003, le club dispose enfin d’une salle et la pugnacité de José n’y est pas pour rien. Peut-il exister un après-José à Labenne ? « Il faudra bien, prévient-il. J’arrête dans deux ans. Les copains devront trouver une solution ». Et pas question de s’ennuyer puisque José applique maintenant toute sa rigueur, entre autres, à développer les formations aux premiers secours dans le cadre de la Protection civile. Le « Roc de Labenne » a certes du caractère mais surtout du cœur…

Informations sur le site : https://cerclesportiflabennais.wordpress.com, championnats de France de sambo à Bayonne le 24 février et tournoi régional pour les petits à Labenne en mars.

Crédit photo : DR
Journal Sportsland Landes n°219 du 8 janvier 2018

 

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