Connaître et Reconnaître – Michel Turck

Mimi, le bricoleur 2.0 !

Notre rencontre avec Michel Turck nous permet de sortir du seul domaine sportif. Ce passionné de tennis de table, cofondateur et longtemps entraîneur du club de Hinx a connu de beaux succès sportifs. Mais son portrait serait incomplet si l’on n’évoquait pas également le professeur de mathématiques qui a contracté très tôt le virus de l’informatique en ces temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître… À bientôt 72 ans, Michel Turck se souvient d’avoir créé de très nombreux logiciels, dont un encore en usage par la Fédération française de tennis de table de nos jours. Petite précision: il a donné tous ses logiciels sans rétribution. Portrait de l’engagement bénévole 2.0 !

Ces rencontres qui nous déterminent
Dans nos portraits, on cherche toujours ce déclencheur, ce petit quelque chose qui fait que certaines personnes décident de donner de leur temps. Pour Michel, c’est indéniablement la figure de son oncle qui s’impose : « La première fois que j’ai touché une raquette, c’était chez ma grand-mère en Touraine. Mon oncle y était bien connu comme joueur et dirigeant d’un club local puis entraîneur. Son dévouement aura été sans borne puisqu’il est même mort en compétition… C’est lui qui m’a transmis le virus. » Plus tard, jeune professeur, il rejoint son épouse dans les Landes et se voit proposer de jouer en compétition: « Un collègue instituteur de Hinx avait inscrit une équipe au championnat UFOLEP… mais n’avait pas de joueur ! Il m’a demandé de le rejoindre …et nous sommes devenus champions des Landes un peu par hasard ». Dès lors, les deux enseignants décident de créer le club de Hinx. Nous sommes en 1972. Le joueur devient entraîneur, encadre les équipes d’Aquitaine et fait la rencontre de Jacques Roques (de Marmande) « un entraîneur formidable » qui le marque particulièrement. Désormais, le ping-pong, c’est 3h par jour, 365 jours par an !
Un enseignant qui fait le buzz
Parallèlement sur le plan professionnel, Michel commence à s’ennuyer un peu comme prof de maths : « Je suis né à la campagne, à côté de Bourges et je n’ai pas vraiment eu le choix : un jour, le directeur de mon école a désigné les 5 meilleurs élèves qui feraient l’école normale. Les autres iraient à l’usine. Puis j’ai fait partie des meilleurs en maths, donc professeur de maths !. »
Mais Thalès sans cesse, ça lasse. Heureusement, de l’autre côté de l’Atlantique, le monde entre dans une nouvelle ère : « Quand on a entendu parler des ordinateurs en 1984 avec un collègue, Jean-Marc Darrigan, je me suis passionné tout de suite et on a commencé à « faire le buzz » en créant divers projets scolaires : un train électrique automatisé, un programme de comptage d’abeilles dans une ruche, une simulation du satellite Spot. On a gagné un concours de l’Éducation nationale et avons été reçus par le ministre. » En 1984, le collège de Montfort fait partie des 10 en France qui utilisent l’informatique. Et Michel est donc sollicité pour enseigner cette nouvelle discipline. En autodidacte passionné, il se fait envoyer des livres depuis les États-Unis, découvre, pose des questions (par voie postale), crée des logiciels, transmet « Je me rappelle avoir branché les fils du Minitel sur la sortie imprimante de l’ordinateur et avoir pu communiquer ainsi avec l’université de Nice. »

Un adepte du camping-pong
Éducateur dans l’âme, celui qu’on surnomme « Mimi » se dévoue sans compter. D’un côté l’informatique, de l’autre les entraînements de « ping » : « J’ai notamment entraîné trois très bons joueurs : Jean-Pierre Darriot qui est devenu champion de France cadet, Isabelle Dutouya 3ème europénne et Vincent Delmon. J’avais un camping-car à l’époque, et j’emmenais ces jeunes en vacances. Dès qu’on voyait une table, on s’arrêtait sur le bord de la route pour jouer… au grand dam de mes filles ! Hinx a remporté la coupe du Sud-Ouest. À Vichy, aux championnats d’Europe, l’entraîneur de l’équipe de France m’a même demandé de le rejoindre sur le banc durant un match ! » De bons souvenirs donc. Et même si l’entraîneur regrette de voir partir tous ces jeunes, il mesure ce que le sport peut avoir de bénéfique dans une éducation: « Le goût de l’effort, l’habitude de s’accrocher. J’ai remarqué que les enfants doués en sport étaient souvent bons en classe et que certains progressaient à l’école en s’inscrivant à un sport. »

« J’aurais pu devenir pilote… »
« J’ai deux Amours » aurait pu chanter Michel à l’instar de Joséphine Baker, sauf qu’en ce début de XXIème siècle, il s’agit de l’informatique et du ping-pong. Et l’ingénieux découvreur réussit à concilier les deux : « En tant qu’arbitre et juge arbitre, j’avais réalisé qu’on perdait du temps en rédigeant les feuilles de match entièrement à la main. J’avais donc créé un logiciel qui permettait d’aller plus vite en allant chercher des informations sur le site de la fédé : Nom des joueurs, dates, etc… » Les autres clubs qui découvrent cet instrument sont intéressés, l’adoptent, et un jour c’est la fédération nationale qui téléphone à Michel Turck et lui demande la permission de profiter de son travail ! C’était il y a 2 ans et demi à peine ! Michel qui y a travaillé des milliers d’heures le cède gracieusement et aujourd’hui encore, même s’il a arrêté d’entraîner, il consacre 5 à 6h par jour pour la fédération. Les programmes et logiciels qu’il a créés au cours de sa vie sont innombrables, mais on ne se refait pas : rien n’a jamais été monnayé, hormis quelques heures supplémentaires financées çà et là par l’Éducation nationale. Quand on lui demande s’il regrette de n’avoir pas fait carrière dans le privé, lui qui a compris très tôt l’importance de l’informatique, il n’hésite pas : « Je suis un bricoleur, j’aime apprendre et surtout transmettre. Mon seul regret est de n’avoir pas su après-guerre qu’on pouvait apprendre à piloter quasiment gratuitement. J’aurais pu devenir pilote, mon autre rêve depuis tout petit. Mais j’ai quand même obtenu mes brevets ! »

Qui a dit que les retraités étaient dépassés par les nouvelles technologies…?

Crédit photo : DR /
Journal Sportsland Landes n°220 du 22 janvier 2018

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