U.S. DAX Rugby Landes – Emmanuel Maignien : référent 1ère ligne

Reconversion gagnante

La fin de carrière est une période redoutée par un grand nombre de joueurs. C’est une phase de transition importante, parfois brutale, qui demande préparation et anticipation, mais qui ne réserve pas toujours le meilleur sort à ces sportifs professionnels souvent pris au dépourvu. Emmanuel Maignien, alors talonneur de l’USDAX, a connu un scénario de « raccrochage de crampons » qui ne l’a pas mis dans les conditions les plus favorables pour réussir sa reconversion ; mais c’était sans connaître les valeurs morales d’un garçon qu’on gagnerait tous à connaître.

Il y a de cela 3 ans, il arpentait encore les terrains de Pro D2. Connu pour son tempérament de guerrier et son attrait pour les phases d’affrontements, « Manu » ne donnait pas forcément envie à ses adversaires de croiser sa route, ce qui pouvait plus laisser penser à un profil de « bourricot » que de « pédago »… et pourtant, qui aurait cru que ce talonneur de combat allait devenir un expert dans l’art de transmettre sa passion. Après avoir fait ses dents sur les équipes amateurs de l’USD, il assiste aujourd’hui Patrick Furet, l’entraîneur des avants de l’équipe pro, en occupant un poste de référent du jeu de première ligne.

Destin brutal 
À l’intersaison 2015, Manu, alors âgé de 33 ans est approché par le club de Lyon. Issu de la région Rhône-Alpes, il décide alors de tenter ce qui pouvait s’apparenter à la dernière aventure de sa carrière. Le joueur et sa famille étaient prêts, avec en tête l’excitation d’un nouveau défi sportif à relever, mais tout s’effondra en quelques secondes, quand la visite médicale d’arrivée décela une lourde atteinte aux cervicales, imposant le retrait immédiat de sa licence de joueur et l’annulation de sa mutation. La nouvelle est brutale et la tourmente ressentie se résume alors en une question : « et maintenant, je fait quoi ? » La fin de carrière n’est jamais un moment facile à gérer, alors imaginez lorsqu’on se la prend de la sorte en pleine poire…Mais le garçon a de la ressource et a su rapidement rebondir. Son premier choix a été de rester dans le sud-ouest, car cela lui permettait de rester au contact de son réseau et de son cercle d’amis. Les moments deviennent alors très durs pour un joueur qui a « toujours été sous les projecteurs ». Manu emploie des métaphores saisissantes pour aborder cette phase de sa vie en parlant « d’un passage dans l’ombre après la lumière » ou encore « d’une petite mort ». Il a alors été « pris sous son aile par Jérôme Daret » (encore lui), qui avait très bien cerné les capacités de Manu ; car sous ses airs de « bourru », Emmanuel Maignien a toujours été reconnu par ses pairs pour sa pédagogie. Partout où il est passé, il a toujours essayé de conseiller et d’aider ses partenaires par la transmission de ses savoirs. Fort de son expérience et d’un parcours très honorable (Pôle Espoirs, Top 16, Pro D2), il était apprécié par les jeunes joueurs pour ses conseils et son attitude bienveillante à leur égard. L’ancien manager dacquois sauta alors sur l’occasion pour lui mettre le pied à l’étriller… Manu rejoignait le monde des entraîneurs.

Phase de transition
Mais ne devient pas entraîneur qui veut, car contrairement à ce qu’auraient pu croire certains convaincus qui l’ont payé de leur personne, ce n’est pas parce qu’on a joué à haut niveau qu’on est forcément compétent pour entraîner. En effet, c’est tout un art, mais il faut surtout avoir la fibre, car c’est elle qui vous donne la force de vous poser les bonnes questions, de vous former et de vous intéresser à tout, surtout aux personnes, car il est bien là le cœur du métier. Ça tombe bien ! Car Manu c’est un généreux, un taiseux, un mec ouvert et plein de bonne volonté, qui n’a pas hésité à reprendre ses cahiers pour aller se former. Bien conseillé, il a commencé par le Brevet Fédéral Jeunes en faisant ses classes sur la catégorie Minimes (U14). Cela en dit long sur le tempérament et la mentalité du garçon, là où beaucoup auraient eu trop d’arrogance et de prétention à côtoyer le « petit monde » des éducateurs école de rugby, Manu, lui, se donne à fond et s’investit avec simplicité et spontanéité dans une formation où malgré son expérience et ses acquis, il a su écouter chaque formateur et chaque stagiaire avec la même attention. L’ancien talonneur prend goût à sa nouvelle passion. Il apporte alors ses conseils à ses anciens coéquipiers en devenant intervenant premières lignes de l’équipe pro. Puis il passe brillamment son DEJEPS Rugby à XV grâce à un projet transversal sur toutes les catégories du club autour du thème du « joueur de devant. » Il capitalise de l’expérience, il croise beaucoup de jeunes, mais il séduit surtout beaucoup de monde, par sa capacité à s’investir et à apporter de l’intérêt à chacun.

Manu le reconverti
Riche de son parcours, Manu est aujourd’hui un élément fort de l’encadrement dacquois, car il a su gagner sa place au sein du club. Apprécié pour ses compétences et pour ses valeurs, il partage son temps entre les pros et l’équipe Crabos, mais il est toujours disponible pour filer un coup de main sur les autres catégories. Personne ne sait de quoi son destin sera fait, mais une chose est sûre, il dispose d’un profil qui intéressera plus d’une écurie ; c’est un passionné de « mêloche », reconnu pour son expertise et sa technicité, qui fait parti de cette catégorie d’anciens joueurs qui connaissent la mêlée, mais qui savent surtout très bien la lire, l’étudier et l’apprécier. Technicien atypique, formaté mêlée anti-triche, il représente une nouvelle vague de spécialistes qui ont une vision complète et moderne de la mêlée fermée, construite sur une approche tout aussi stratégique que technique où la lecture de jeu et l’adaptation tactique sont plus que présentes dans ce secteur trop souvent considéré comme un simple défi physique. Par Toutatis et Webb Ellis, si ce genre de types pouvait en « contaminer » certains, le rugby français et sa mêlée à la dérive en serait pour le coup judicieusement « impacté ». C’est tout ce que l’on souhaite, mais d’ici là croisons déjà les doigts pour garder le plus longtemps possible ce garçon là du côté des jougs dacquois.

Crédit photo : DR /
Journal Sportsland Landes n°221 du 5 février 2018

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *