Connaître et Reconnaître – Bernard Duroure

Le Maître de l’eau !

Au moins autant que le vélo, le canoë-kayak donne l’impression d’un sport tout ce qu’il y a de plus naturel et écologique, qui permet de découvrir des paysages variés à la seule force de ses muscles. Ce n’est sans doute pas Bernard Duroure qui nous démentira et pourtant, cet enseignant retraité sait mieux que quiconque que l’accès à l’eau n’est pas si simple. Impliqué dans le canoë-kayak depuis 45 ans, vice-président de la Fédération Française et référent des « Espaces, Sites, Itinéraires et Navigation Durable ». C’est à un arsenal réglementaire et juridique qu’il est souvent confronté pour que 50.000 licenciés en France et 4 à 5 millions de pratiquants occasionnels puissent naviguer sans obstacles, et en toute sécurité, sur les eaux hexagonales.

La question de l’accès à l’eau
Quand on pense canoë-kayak, on pense Tony Estanguet et ses trois titres olympiques, mais la performance sportive n’est pas la seule préoccupation de cette discipline. D’ailleurs, « je suis responsable de quelque chose qui n’a rien à voir avec le sport, à savoir les questions environnementales et l’accès à l’eau » prévient d’emblée Bernard. La pratique du kayak est en effet régie par un ensemble de lois et doit tenir compte de différents utilisateurs : « Il n’y a pas que le canoë-kayak sur les rivières. Il y a les agriculteurs, les pêcheurs, EDF, etc. Ça nécessite parfois des conciliations et parfois des recours au tribunal administratif ou civil.  » Il faut savoir qu’un préfet a par exemple le pouvoir d’interdire une pratique sur une rivière ou un plan d’eau. Il faut donc être attentif à ces arrêtés et être en mesure d’intervenir : « La plupart du temps, ça se fait par recours gracieux mais pas toujours. On n’hésite jamais à aller en justice et on n’a perdu que deux fois en 25 ans ». C’est ainsi qu’en 2006, au niveau national, la fédération a pu intervenir auprès du Ministère de l’Écologie pour faire inscrire la « continuité de la navigation » au même titre que la « continuité écologique. » Autrement dit, poissons et kayakistes, même combat ! « Quand un obstacle obstrue une rivière, un barrage par exemple, les poissons ont la possibilité « d’avalaison ou de dévalaison », c’est-à-dire de pouvoir monter ou redescendre. Nous avons fait en sorte que la loi prévoie des « passes à kayak » comme elle prévoit des passes à poissons. »

Du rugby au canoë-kayak
Pour traiter de questions aussi techniques quand on n’est pas juriste, il vaut mieux s’intéresser au monde associatif depuis quelque temps. C’est d’ailleurs le cas de Bernard qui compte 45 années d’investissement et se souvient de ses débuts : « Je suis arrivé au canoë-kayak grâce à Jean Moquel, un conseiller technique de Jeunesse et Sports, qui faisait découvrir cette discipline dans les Landes, dans les années 60. À l’époque, je jouais au rugby et le kayak était un agréable passe-temps mais à partir de 30 ans, le rugby commençait à devenir difficile, alors qu’à 70 ans, je peux toujours pratiquer le canoë. » Commence alors une pratique bénévole un peu dans le rugby, avec notamment la création de l’école de rugby de Labouheyre, et beaucoup dans le canoë : « Un jour, un copain est venu me chercher en me disant qu’on manquait de monde au Comité Départemental de Canoë-Kayak et qu’il y avait besoin d’un trésorier. J’ai commencé comme ça, au Stade montois, puis au Comité Départemental, Régional et enfin à la Fédération. »

Le bénévolat évolue…
Éducateur à Mont-de-Marsan puis Saint-Pierre-du-Mont, instituteur à Mugron puis Saint-Paul, Bernard est retraité depuis 15 ans. Mais il continue de donner de son énergie, environ deux jours par semaine, à la fédération mais aussi aux Restaurants du Cœur (par exemple) : « Ça occupe un peu à la retraite et il faut bien faire profiter les autres de son expérience. » Pour autant, il est moins pessimiste que d’autres sur la question de l’engagement citoyen : « on trouve plutôt facilement des gens pour donner un coup de main ponctuel, pour un week-end ou une semaine. Ce qui a changé, me semble-t-il, c’est que lorsque j’ai commencé, on s’engageait pour des années ; maintenant j’ai l’impression qu’il y a de moins en moins de bénévoles « au long cours « . J’ai débuté à 25 ans et il me semble aussi qu’il y a de moins en moins de gens de cet âge… »

Que du positif !
Quand on l’interroge sur les points négatifs de son engagement, Bernard prend longuement le temps de réfléchir et a du mal à trouver une réponse. Il préfère mettre en avant les bons moments comme cette fois, dans les années 80, où avec d’autres bénévoles, il a dû user de diplomatie, pour convaincre un président un peu réticent à mettre en place un stage départemental : « on lui a présenté la chose petit à petit car, le connaissant, on savait qu’il verrait surtout les difficultés. On a fini par obtenir son accord mais en réalité, on avait déjà bouclé la préparation du stage depuis longtemps ! »

Quant à la pratique de son sport, c’est aussi un motif de satisfaction. « Le respect de l’environnement est inscrit dans les gènes de tout kayakiste et surtout, j’ai retrouvé dans le canoë l’ambiance du rugby : c’est un sport individuel mais une ambiance d’équipe, tout le monde est solidaire. C’est aussi un sport qu’on peut pratiquer à tout âge, dès qu’on sait nager et même à 70 ans ! » s’amuse celui qui est sans doute le doyen des pratiquants montois. Et pour terminer sur une note positive, Bernard fait remarquer « qu’il y a deux présidents au Comité Départemental, un de 65 ans et un de 30. » L’avenir semble ainsi assuré dans les Landes !

Crédit photo : DR /
Journal Sportsland Landes n°224 du 19 mars 2018

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